Les cordophones
Un cordophone est un instrument dont le son est produit par la mise en vibration d’une ou de plusieurs cordes.
Le gabusi
Mkayamba et gabusi
Le gabusi est d’origine yéménite (qanbus). On le retrouve sous des formes et des noms divers à travers tout l’Océan Indien, le long des routes maritimes parcourues par les commerçants arabes, tout au long de la côte swahilie, à Madagascar et jusqu’en Indonésie et en Malaisie. 

C’est un luth monoxyle, c’est-à-dire que le manche et la caisse sont taillés dans une même pièce de bois. Le manche, comme la caisse est creux. Il est recouvert d’une planchette de bois, tandis que sur le dessus de la caisse est tendue une peau de chèvre qui sert de table d’harmonie. Cette peau est percée d’un ou de plusieurs trous de résonance. 

Les cordes sont en nylon (fil à pêche). Le nombre des cordes est variable, de trois cordes simples à quatre cordes doubles pour certains instruments orientaux. 

À Mayotte, on trouve les combinaisons suivantes :

•	Trois cordes simples : Do-Mi-Sol 
•	Quatre cordes simples : Sol-Do-Mi-Sol
•	Deux cordes simples et deux cordes doubles : Sol-Do-Mi-Mi-Sol-Sol


Tous ces accordages sont donnés du grave vers l’aigu. Ces exemples sont en Do, mais chaque musicien choisit la tonique qui correspond à sa voix. Le ndzendze (ou dzendze)
C’est une cithare en forme de boîte qui porte des cordes sur ses deux faces principales. C’est le même instrument, en plus petit, que le marovany de Madagascar. Le modèle présenté ici est d'ailleurs assez grand pour un ndzendzé mahorais.
 
Les cordes sont en métal, fil de fer ou câble de frein détressé. Leur nombre est variable. Huit en général pour les ndzendze mahorais, quatre de chaque côté. Il est accordé du grave vers l'aigu de la façon suivante: FA(gauche)- Sol(droite)- LA(gauche)- SI(droite) etc, de FA à FA en changeant de côté à chaque fois. Le tout est conçu pour jouer en Sol myxolydien.
 
Les premiers habitants de Madagascar venaient d’Indonésie. Dans cette longue migration, ils ont apporté, entre autres, la pirogue à balancier et une cithare tubulaire en bambou appelée valiha.
 
Les anciennes valiha n’avaient pas de cordes en métal comme aujourd’hui. Le long du bambou, et tout autour, de fines bandes d’écorce étaient soulevées par de petites cales taillées dans des morceaux de calebasses, sans détacher du bambou ces bandes d’écorces qui, une fois sèches, servaient de cordes.
 
À Madagascar, après l’adoption de la corde en métal, l’idée est venue à certains musiciens de fabriquer leurs valiha à partir de caisses en bois, ou même maintenant en métal. Ce nouvel instrument, une cithare parallélépipédique dont deux faces opposées sont pourvues de cordes, est appelé marovany.
 
Les pêcheurs malgaches, pour charmer les esprits inquiétants qui habitent les eaux, emportaient en mer de petites cithares de ce genre. ce sont elles qui sont arrivées à Mayotte, de cette façon, et que l’on appelle aujourd’hui ndzendze, terme générique d’origine bantoue qui semble désigner collectivement toutes les cithares, voire tous les cordophones.
Le mkayamba et le gabusi sont très souvent associés dans la musique mahoraise. Les instruments de la photo ci-dessus sont ceux de Langa. Noter les trois trous de résonance qui forment un petit triangle sur la touche du manche. Au dos de la caisse, il y a également un trou.
Soundi
Colo Hassani
Langa chantant en s’accompagnant au gabusi
On trouve à Mayotte plusieurs types de gabusi. En fait, chaque musicien peut se fabriquer son instrument comme il le souhaite, mais il existe cependant des traditions et des techniques que les fundi transmettent à leurs élèves. Ces filiations permettent de répertorier quelques types stables.
Colo Hassani, musicien et facteur d’instruments de Chiconi fabrique des gabusi très caractéristiques. Ses instruments sont les plus proches du qanbus yéménite. La forme est classique : une demi-poire très allongée. Le manche, plus court que la caisse, est un prolongement de celle-ci. L’instrument possède deux cordes doubles et deux cordes simples.
Gabusi fabriqué par Colo Hassani
École de Mtsangamouji. Autour du village de Mtsangamouji, on trouve des gabusi de forme allongée avec un manche deux fois plus long que la caisse. Ce manche est épais et percé, au dos et sur la touche, de trous de résonance. Le dos de la caisse possède également un trou. Ces gabusi sont souvent équipés de quatre cordes simples.
Le même instrument vu de dos
(Collection Lathéral)
Gabusi de type “Mtsangamouji”
(Collection Lathéral)
Soundi, musicien et facteur d’instruments de Chirongui, fabrique lui aussi des gabusi très caractéristiques. La facture est soignée. La caisse est trapézoïdale et le manche qui n’est pas toujours creux est plus long que la caisse. Ils portent quatre cordes simples qui s’attachent à un cordier prolongeant la caisse. Ces instruments sont à mi-chemin entre le gabusi mahorais et la kabosy ( ou kabosa) malgache. En effet, la kabosy malgache, souvent confondue avec le gabusi, est cependant un instrument différent qui garde le souvenir de la mandoline portugaise. La forme de sa caisse est très variable, du rectangle à la forme d’une petite guitare. La table d’harmonie est en bois. Le manche porte des frettes et est fixé à la caisse. L’instrument n’est donc pas monoxyle.
Ce gabusi de Lathéral, fabriqué à Madagascar, semble témoigner de l’origine malgache du style “Soundi”
(Collection Lathéral)
À côté de ces grands types bien marqués, on trouve de nombreux instruments intermédiaires ressemblant plus ou moins à celui de Langa.
Parfois, on peut découvrir des instruments très particuliers comme par exemple ce “gabusi“ ancien qui a connu trois générations de musiciens. La table d’harmonie est découpée dans le couvercle d’une marmite en aluminium. Le cheviller, prévu pour trois cordes, est caractéristique des instruments de Mohéli.
(Collection Lathéral)
Colo Hassani jouant sur un de ses gabusi
Lathéral jouant sur un gabusi de type “Soundi”
 
Le ndzendze ya shitsuva
C’est une cithare sur bâton équipée d’un résonateur en calebasse. « Shitsuva » veut dire « calebasse ». On trouve cet instrument à Madagascar (jejy ou lokanga voatavo) et en Afrique de l’Est, jusqu’au Congo (luzenze, enzenze…). À Mayotte, où il semble avoir été importé  XIXème siècle par les « engagés volontaires », il est devenu très rare. Aujourd’hui, il semble qu’il ne reste plus que Diho à l’utiliser.
 
Le ndzendze ya shitsuva qu’utilise Diho, comme ceux qu’il fait fabriquer pour ses élèves de l’école de musique de Mamoudzou, comporte des chevilles pour accorder les trois cordes. C’est une innovation très pratique dont les modèles traditionnels étaient dépourvus comme vous pouvez le voir sur la photo du haut.
 
L’accord est le suivant : Sous l’instrument, la fondamentale, jouée à vide par le majeur de la main droite. Sur l’instrument, la seconde majeure, jouée à vide par le pouce gauche. La troisième corde est la tierce majeure. Elle passe au-dessus des trois touches crénelées qui permettent d’obtenir la quarte, la quarte augmentée et la quinte.
 
En Do, cela donne : Do (à vide), Ré (à vide), Mi (à vide), Fa (1ère touche), Fa♯ (2ème touche), Sol (3ème touche).
 
Diho accorde sa fondamentale sur un Mi, ce qui donne : Mi (à vide), Fa♯ (à vide), Sol♯ (à vide), La (1ère touche), La♯ (2ème touche), Si (3ème touche).
 
Ndzendze ya shitsuva
Diho
Velo Mwarabou dit Velo katsofa
“Un vieil Africain m’a dit un jour que l’instrument qu’on appelle à Mayotte dzindze yashitsuva venait d’Afrique et qu’on l’appelle là-bas marimba*. Je lui ai demandé de m’apprendre. Il m’a montré comment on en joue et comment on le fabrique. Cet Africain s’appelait Tchaveto. C’était un « engagé », il était déjà vieux alors que moi j’étais encore un adolescent.
 
Il m’a emmené à la campagne. Je l’ai vu couper le morceau de bois. Il l’a mesuré et a coupé la longueur d’un avant-bras plus une main. Ensuite, il a pris une calebasse. Il m’a demandé d’aller chercher une corde de raphia avec laquelle il a commencé la fabrication du marimba.
 
Le marimba était présent dans toutes les cérémonies. Nous en jouions à l’occasion des sarera, des rombo (rumbu) et des mbiwi. Il n’y avait pas encore de guitares. Les gens dansaient au rythme du marimba. On en jouait aussi lors des mariages et des maganja.
 
On venait me chercher pour jouer à Dzoumogné, à Combani, à Mamoudzou. À partir de là, on m’a surnommé  Velu katsofa.”
 
Velo katsofa,
in Les vieux, mémoire d’un pays
Exposition 1998
Délégation Territoriale aux Affaires Culturelles
Service des archives orales
Diho tient son savoir de Velo Mwarabou dit Velu katsofa (Vélou qui ne mourra pas), une grande figure de la mémoire mahoraise. Ce dernier avait été interviewé en 1998 dans le cadre d’un travail de mémoire réalisé par le service des archives orales :
*
Le terme marimba semble désigner plusieurs instruments du Mozambique au Kenya : Le ndzendze ya shitsuva, la sanza et un xylophone qui a gardé ce nom en Amérique latine.
Diho jouant du ndzendze ya shitsuva
Diho en concert
Lathéral
Ndzendze
Colo Hassani au Ndzendze
Musicien malgache jouant du marovany
Valiha malgache
Valiha malgache (détail)
Papa Lamour d’Anjouan sur un timbre mahorais !
La diffusion du qanbus dans l’Océan Indien
Documentaire sur le chant de Sanaa
qui utilise le qanbus yéménite